Le robot ARA d’Ecorobotix, une nouvelle approche pour lutter contre les adventices en prairie
L’agriculture est aujourd’hui confrontée à de nombreux défis : hausse du coût des intrants et des produits phytosanitaires, diminution de la main-d’œuvre disponible, renforcement des exigences environnementales et nécessité de maintenir des performances économiques satisfaisantes.
Dans ce contexte, les nouvelles technologies occupent une place croissante. L’agriculture de précision offre notamment des possibilités pour optimiser les interventions, réduire les coûts et limiter l’impact environnemental des pratiques agricoles.
C’est dans cette optique que s’inscrit le projet Innov’sûre, qui vise à tester plusieurs technologies innovantes susceptibles d’apporter des solutions concrètes aux agriculteurs. Parmi elles figure le robot ARA, développé par Ecorobotix. Ce système de pulvérisation ultra-localisée permet de cibler les adventices détectées, plutôt que de traiter uniformément l’ensemble de la parcelle.
Pourquoi s’intéresser au rumex ?

Le rumex est une adventice vivace particulièrement fréquente dans les prairies permanentes et temporaires. Les deux espèces les plus courantes sont le rumex à feuilles obtuses (Rumex obtusifolius) et le rumex crépu (Rumex crispus). Appartenant à la famille des Polygonacées, ces plantes se distinguent par leur capacité de développement, leur importante production de graines et leur grande persistance dans le sol.
Une concurrence pour les espèces fourragères
En prairie, le rumex représente un problème majeur, car il concurrence directement les espèces fourragères recherchées, notamment les graminées et les légumineuses. Grâce à son système racinaire pivotant et très développé, il peut puiser efficacement l’eau et les éléments nutritifs du sol, y compris en conditions sèches. Il peut ainsi prendre progressivement le dessus sur les espèces fourragères et réduire leur présence au sein du couvert végétal.
Sa capacité de reproduction contribue également à sa prolifération. Une plante adulte peut produire plusieurs milliers de graines par an, capables de rester viables dans le sol pendant de nombreuses années. Une infestation mal maîtrisée peut donc s’installer durablement et devenir particulièrement difficile à éliminer.
Le rumex s’implante principalement dans les zones où le couvert végétal est dégradé ou insuffisamment dense. Plusieurs pratiques ou conditions peuvent favoriser son apparition : le surpâturage, le piétinement excessif, les zones de retournement, les passages répétés d’engins ou encore les excès de fertilisation organique. Les espaces de sol nu offrent en effet des conditions favorables à la germination de ses graines.
Sa présence peut avoir plusieurs conséquences sur la production et sur l’état de la prairie : diminution de la productivité, baisse de la valeur alimentaire, dégradation de la composition floristique…
L’arrachage manuel ou mécanique peut être efficace lorsque l’infestation est limitée, à condition d’extraire l’intégralité de la racine pivotante. Si des fragments restent dans le sol, la plante peut en effet repartir.
Les traitements chimiques localisés constituent une autre possibilité, notamment en prairie. Leur utilisation reste toutefois délicate dans les couverts associant graminées et légumineuses, car les herbicides peuvent également détruire certaines espèces fourragères intéressantes et notamment les légumineuses comme les trèfles.
C’est précisément dans ce contexte que les technologies de pulvérisation ultra-localisée, comme le robot ARA d’Ecorobotix, présentent un intérêt. En ciblant les pieds de rumex sans traiter toute la parcelle, elles visent à réduire les quantités d’herbicides utilisées tout en préservant davantage les espèces utiles présentes dans le couvert.
La maîtrise du rumex constitue ainsi un enjeu important pour conserver des prairies productives, équilibrées et durables.
Le spot-spraying : traiter uniquement là où c’est nécessaire
Le spot-spraying, également appelé pulvérisation ciblée ou ultra-localisée, repose sur un principe simple : appliquer le traitement uniquement sur les plantes ciblées.
Contrairement à une pulvérisation conventionnelle, qui couvre uniformément l’ensemble de la surface, cette technique permet de concentrer l’application sur quelques centimètres carrés autour de chaque plante détectée.
Cette approche présente plusieurs avantages :
- Réduire les quantités de produits phytosanitaires utilisées, en limitant les surfaces effectivement traitées
- Diminuer les coûts de traitement, grâce à une utilisation plus raisonnée des produits
- Limiter l’impact environnemental, en réduisant les applications inutiles sur les zones non infestées.
L’intérêt de cette technologie est donc de concilier une intervention ciblée contre les adventices avec une meilleure préservation du couvert végétal et des ressources.
ARA, un robot dédié à la pulvérisation de précision
Un système de détection piloté par l’intelligence artificielle
Le robot ARA s’appuie sur le logiciel Plant-by-Plant AI, qui analyse en temps réel les plantes observées par les caméras installées sur chaque section de la machine. À partir de cette analyse, le système détermine quelles buses doivent s’ouvrir afin de pulvériser uniquement les adventices ciblées.
La technologie peut être utilisée selon différents modes de pulvérisation, en fonction du traitement appliqué (fongicide, herbicide, biostimulant ou insecticide) et de la culture concernée.

Des caractéristiques techniques adaptées au travail de précision
Le robot ARA présente plusieurs caractéristiques qui lui permettent d’intervenir avec précision tout en couvrant une surface importante.
Sa largeur de travail atteint 6 mètres, répartis en trois modules de 2 mètres chacun. Ces modules sont repliables, ce qui apporte davantage de souplesse et permet de mieux suivre les irrégularités du terrain.
Le système de pulvérisation comprend 156 buses réparties sur les trois modules, avec un espacement de 4 cm entre chacune d’elles. Cette configuration permet une pulvérisation sur une zone de 6 × 6 cm autour de la plante ciblée.
La hauteur de pulvérisation est réglée automatiquement afin de maintenir une distance constante entre les buses et la végétation, contribuant ainsi à la régularité des applications.
En matière de performances, l’ARA peut atteindre une vitesse de travail de 7,2 km/h, pour un débit de chantier d’environ 4 hectares par heure.
Son utilisation est également possible de jour comme de nuit. Des rampes LED assurent un éclairage constant, tandis que des bâches et des capots de protection contribuent à limiter la dérive en réduisant l’exposition au vent.
Enfin, l’alimentation du système repose sur deux cuves : une cuve frontale de 600 litres destinée à l’eau claire et une cuve de mélange de 300 litres.
Le pulvérisateur tracté à l’arrière pèse environ 1 200 kg. À cela s’ajoute le poids des cuves, estimé à environ 450 kg à vide et pouvant atteindre 1 350 kg lorsqu’elles sont remplies. Cette répartition des masses contribue à l’équilibre général de l’ensemble et à sa stabilité pendant le travail.
Essais en prairie : quelle efficacité contre le rumex ?
Des parcelles fortement infestées
Afin d’évaluer les performances de cette technologie en conditions réelles, des parcelles expérimentales ont été traitées le 5 novembre 2025 selon deux modalités : une pulvérisation conventionnelle en plein et une pulvérisation ultra-localisée par spot-spraying à l’aide du robot ARA. Chaque modalité a été appliquée sur une surface de 40 m².
Avant l’intervention, la densité moyenne mesurée était de 4,39 pieds de rumex pour 5 m². Ce niveau d’infestation est nettement supérieur au seuil généralement retenu pour limiter les pertes de rendement et préserver la qualité du couvert, fixé à moins d’un pied de rumex pour 5 m².
Ces essais permettent donc d’observer le comportement du robot dans des parcelles où la présence de rumex représente un enjeu important.
Une détection perfectible, mais des résultats encourageants
Les résultats montrent que le taux moyen de détection des rumex par le système ARA atteint 60,4 %, contre 92,2 % pour la modalité de pulvérisation totale. L’écart observé entre les deux techniques est de 31,8 %.
Cette différence peut notamment s’expliquer par les difficultés de détection propres aux milieux prairiaux denses, où certaines adventices peuvent être partiellement masquées par la végétation environnante.
La date tardive du traitement a également pu influencer les résultats. Lors du comptage après intervention, nous avons constaté que les rumex présents étaient, pour la plupart, peu développés et donc susceptibles d’être recouverts par le couvert végétal au moment du passage du robot.
Malgré ces limites, les observations mettent en évidence un autre avantage du spot-spraying : la préservation des espèces fourragères utiles. Du trèfle blanc était encore présent dans les parcelles traitées par pulvérisation ultra-localisée, alors qu’aucun trèfle blanc n’a été observé dans les parcelles traitées en plein.
Une réduction significative de l’infestation
Au-delà du taux de détection, l’évolution de la densité de rumex après traitement permet d’évaluer l’efficacité de l’intervention.
Après le passage du robot ARA, la densité moyenne est passée de 4,39 à 1,75 plante pour 5 m², soit une réduction de 60,1 % par rapport à l’infestation initiale.
Ce résultat montre que, malgré une détection incomplète des adventices, la pulvérisation ultra-localisée a permis de réduire sensiblement leur présence dans les parcelles expérimentales.
Réduire les volumes de produits appliqués
L’un des principaux intérêts techniques du robot ARA réside dans sa capacité à limiter les volumes de bouillie pulvérisés.
Lors d’un traitement conventionnel, l’ensemble de la surface reçoit le produit, y compris les zones dépourvues d’adventices. Avec le spot-spraying, les buses ne s’activent qu’aux endroits où des plantes ciblées sont détectées. La quantité de produit utilisée dépend ainsi directement de la surface effectivement infestée.
Cette approche permet d’envisager des économies de produits phytosanitaires et une diminution des coûts de traitement, tout en limitant les applications sur les espèces végétales que l’on souhaite préserver.
Conclusion : une technologie prometteuse pour les prairies
Les essais réalisés montrent que la pulvérisation ultra-localisée à l’aide du robot ARA permet de réduire significativement la densité de rumex tout en limitant les surfaces traitées. Dans les parcelles étudiées, l’infestation a diminué de 60,1 % après intervention.
Le taux de détection reste toutefois inférieur à celui observé avec une pulvérisation totale. Les conditions rencontrées en prairie, notamment la densité du couvert végétal et le faible développement de certains rumex au moment du passage, peuvent constituer des limites pour cette technologie.
L’ARA présente néanmoins plusieurs avantages, tant sur le plan économique qu’environnemental : réduction des quantités de produits phytosanitaires appliquées, meilleure préservation des légumineuses et limitation des traitements sur les zones non infestées.
La pulvérisation ultra-localisée apparaît ainsi comme une piste intéressante pour accompagner l’évolution des systèmes fourragers vers des pratiques plus durables, plus économes en intrants et mieux adaptées aux exigences actuelles de l’agriculture.
De nouveaux essais sont prévus au printemps afin d’évaluer les performances du robot ARA à une période plus favorable au traitement des adventices. Ils permettront de compléter ces premières observations et de mieux apprécier le potentiel de cette technologie dans la gestion du rumex en prairie.
Pauline Alexandre


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