Sauvegarde et valorisation des pommiers et poiriers sauvages de Wallonie

Les espèces sauvages du pommier (Malus sylvestris) et du poirier (Pyrus pyraster) sont endémiques dans notre région et font partie de la biodiversité naturelle à préserver de toute urgence dans leur biotope. Par ailleurs, en tant que réserve de grande diversité, elles peuvent aussi être mises en valeur dans les gagnages, pour des propriétés ornementales, mellifères ou nutritionnelles ou bien même comme porte-greffes ou comme parents dans des croisements avec des espèces cultivées. Le pommier et le poirier cultivés pour leurs fruits appartiennent à des espèces différentes, mais s’hybrident facilement avec leurs espèces sauvages respectives.

A l’initiative de l’asbl « Le Bocage Ardennais » de Bastogne, un nouveau projet s’est mis en place avec deux partenaires principaux : le Centre de Michamps et le Centre Wallon de Recherches Agronomiques (CRA-W) – Département Sciences du Vivant – à Gembloux. Le Ministre Di Antonio a signé un arrêté de subvention pour une durée de trois ans dans le cadre du Service Public de Wallonie, Direction Générale Agriculture, Ressources Naturelles et Environnement – Direction du Développement Rural. Ce projet, intitulé « Sauvegarde et valorisation du patrimoine fruitier indigène » consiste à :

  • Poursuivre les travaux d’inventaire et de conservation des pommiers sauvages réalisés par l’ex-CRNFB en collaboration avec le CRA-W et le DNF (projet BELSPO 2003-2006).
  • Initier -par les mêmes méthodes - le travail sur le poirier sauvage.
  • Poursuivre les activités de conservation du patrimoine des anciennes variétés fruitières.
  • Développer des travaux de valorisations pratiques de cette diversité.

Jeune pommier sauvage au verger
conservatoire de Philippeville
(DEMNA – CRA-W)

D’étroites collaborations sont mises en place avec le Département Nature et Forêts (DNF), tant par l’intermédiaire du Comptoir Forestier de Marche-en-Famenne qui valorisera les semences indigènes de fruitiers sauvages provenant du verger conservatoire de Philippeville, que du Département de l’Etude du Milieu Naturel et Agricole pour la poursuite des inventaires dans les forêts domaniales. Le service Espaces Verts de la ville de Namur expérimentera l’implantation de pommiers sauvages en tant qu’arbres ornementaux dans l’espace urbain.

Pour l’inventaire des poiriers et pommiers sauvages, une géo-localisation par GPS des arbres sauvages sera effectuée ; ensuite, les sujets retenus feront l’objet d’une évaluation de leur tolérance aux différentes maladies, ainsi que d’une analyse morphologique et enfin, du bois de greffe sera prélevé pour multiplication, afin de les introduire dans le verger conservatoire. Parallèlement, une évaluation du verger conservatoire de Philippeville sera faite afin d’identifier les plus beaux arbres et les plus résistants, dans le but de les utiliser comme pommiers d’ornement constituant une alternative « indigène » aux espèces exotiques de pommier. En même temps, continuant de la sorte le travail effectué par l’asbl AGEPA, plusieurs milliers de pépins de pommiers sauvages indigènes seront semés pour constituer un stock d’arbres à usages multiples, à savoir : leur replantation dans les haies, dans les gagnages forestiers, et éventuellement, la production de bois de pommier.

L’utilisation du pommier sauvage comme porte-greffe pour arbres hautes tiges sera également étudiée comme voie originale de valorisation de sa rusticité. Cette plante possède en effet des caractéristiques horticoles intéressantes : grande faculté d’adaptation aux sols pauvres et humides d’Ardenne, mais aussi aux sols calcaires de la Calestienne ; très bon ancrage au sol et vigueur importante. Le pommier et le poirier sauvage étaient jadis utilisés pour la production traditionnelle de hautes tiges ; après la seconde guerre mondiale, les pépiniéristes se sont tournés vers des porte-greffes jugés plus homogènes, et ont abandonné les semis d’espèces sauvages.

Un volet d’inventaire des anciennes variétés fruitières et de maintien de vergers conservatoires sera également présent. Une expérimentation de variétés anciennes greffées sur des semis des espèces sauvages en comparaison à des témoins, sera implantée au verger conservatoire de Tronquoy (Neufchâteau) afin d’étudier leur bonne adaptation aux conditions pédo-climatiques ardennaises. De plus, un essai de résistance aux dégâts faits par les campagnols est également programmé.

Enfin, un volet promotion et vulgarisation comprendra la diffusion du savoir faire obtenu par des séances de formation : cours de greffage, de plantation et de taille des arbres fruitiers. Des organisations de visites pour les écoles, les pépiniéristes, les agents de la DNF, les responsables des parcs naturels et des communes auront lieu dans les mois et les années à venir. Des conférences pour sensibiliser le public à la culture de variétés fruitières peu sensibles aux maladies seront également organisées et annoncées dans la presse. Des publications sur l’avancement du projet seront diffusées régulièrement.

Inventaire des pommiers sauvages dans les forêts wallonnes (2005)

 

Appel au public

Afin de compléter l’inventaire des pommiers et poiriers sauvages présents dans les forêts wallonnes, nous lançons un appel aux personnes qui connaissent des endroits où survivent ces deux espèces : propriétaires privés ou simples promeneurs. Le meilleur moment pour trouver ces arbres est le mois de mai : leur floraison est spectaculaire, blanche pour le poirier et blanc-rosé pour le pommier, et permet leur repérage dans le milieu naturel. Soyez attentif au fait que les fruits à maturité ne doivent pas dépasser 2 à 3 centimètres de diamètre, sinon il y a un grand risque d’être en présence d’hybrides entre l’espèce sauvage* et l’espèce cultivée. Si vous connaissez un ou plusieurs endroits où poussent ces plantes, vous pouvez contacter Monsieur Eric GOOSSE à l’adresse eric.goosse@uclouvain.be ou lateur@cra.wallonie.be, ou le Centre de Michamps au tel. 061/210820.

* Voici quelques caractères permettant de reconnaître ces deux espèces :

  • Le pommier sauvage : contrairement au pommier cultivé ou aux hybrides entre le pommier sauvage et le pommier cultivé, il produit des petits fruits d’un diamètre maximum de 3 à 4 centimètres qui sont lisses, verdâtres ou jaunâtres, très amers. Ses feuilles sont lisses – non duveteuses – et souvent reluisantes. Il peut avoir des rameaux épineux et posséder plusieurs troncs.
  • Le poirier sauvage : c’est une espèce calcicole ; il s’agit d’un arbre qui peut être de très grandes dimensions et qui est très longévif ; ses feuilles sont plutôt de forme arrondie-ovale avec un très long pétiole. Ses fruits sont très petits, le plus souvent arrondis, jamais colorés et extrêmement amers. Ses rameaux sont souvent épineux ; il peut posséder plusieurs troncs. Il se reproduit par drageonnage, assez peu par semis.

D’autres informations seront prochainement disponibles sur les sites suivants :

Réalisation: www.afd-ld.org